(NDLR : suite du retour à Prague commencé ici )
Aussitôt dit, aussitôt fait, nous revoici sur ce bon vieux campus, où Louis doit (naturellement) récupérer ses bongas et autres instruments de percussions laissés dans le local de l’Ass’rock.
C’est l’occasion de revoir le campus, l’hiver, le charme de ses chemins boueux, les gais halos orange autour des lampadaires, dans la bruine, la nuit, les riantes branches des arbres levées au
ciel en signe de joie et d’accueil. C’est aussi l’occasion de retrouver de bons vieux amis au détour du bâtiment K ou du RU.
Oui, lecteurs, il faut le dire tout de suite, nous ne retrouvâmes jamais les responsables de l’Ass rock chargés de nous ouvrir le local pour récupérer les percus, et l’heure tournant, nous allâmes dîner au RU, pour un menu prolétaire, M et Mme Geoffroy souverains devant leur plateau – Louis le tyrannique leur ayant expressément interdit de faire le moindre écart au menu prolétaire, les serveurs et caissiers du RU tout ébahis et tout heureux de revoir le bon Louis « ça alors ! mais qu’est ce que vous faites ici ! » – et qui d’autre parmi nous peut se targuer d’être encore reconnu par Jafar un an et demi après son départ ? – et tout cela, il faut bien le dire, grâce à la grande générosité de Cédric et Thomas qui nous invitent sur leur carte de cantine et nous fournissent ainsi l’heureuse pitance de l’école des managers de demain.
Enfin il est tout de même tard, et nous ne pouvons trop nous attarder. Il faut déjà repartir, abandonner Jouy-la-riante et s’en aller, à quatre cette fois, vers la terre promise du Paradis à Montjean. Le temps d’une halte – boisson chaude à une aire sur l’autoroute, et nous voyons à peine passer les petites heures qui nous séparent des Charentes. A l’arrivée, point n’est question de décharger le camion. Cela se fera demain. D’abord, dormir. La maison est toujours aussi accueillante, le lit toujours parfaitement préparé et si bienvenu, que le lendemain, j’aurais pu dormir longtemps, longtemps… Si une voix quelque peu bourrue n’avait pas répondu à une autre voix bien douce qui disait « enfin, laisse la encore un peu dormir » « quelle feignassou quand même ! moi j’ai conduit et je suis levé et elle est encore au lit », le tout devant la porte de la chambre, à grand renforts de pas sur le parquet crissant. Ayant saisi dans mon esprit embrumé le message « debout les gars, réveillez vous, il va falloir en mettre un coup » comme dans la chanson d’Hugues Auffray, une petite douche plus tard, j’ouvre les volets et tombe sur un spectacle fort cocasse dans la cour ensoleillée : le master est grand ouvert, et la petite troupe des nains de jardins, tels des japonais devant le Louvre, considèrent de leur regard fixe et tout ébloui par le grand soleil la maison de Charente. Oui, c’est bien ici pour eux la fin du voyage. Jésus a toujours la main au cœur, il est heureux d’être là, la pin-up remet de l’ordre dans ses cheveux, le crocodile baille en sortant, ça y est, ils sont bien arrivés.
L’idée est – avant que les nains de jardins, comme leur nom l’indique, ne retournent au jardin – de les mettre dans la chambre d’Armelle, Louis, en grand frère attentionné, voulant lui faire cette belle surprise pour son anniversaire (je crois qu’en rentrant, j’ai serré mes propres frères dans mes bras un peu plus fort qu’à l’ordinaire, eux n’ayant jamais eu à mon encontre d’idées aussi saugrenues). La petite chambre d’Armelle que Madame Geoffroy redécore avec goût s’en trouve, comment dire, changée, mais c’est la touche de Louis.
Un arrêt chez les Geoffroy n’est pas complet sans les repas inénarrables préparés par la maman de Louis, et c’est avec une reconnaissance éperdue pour tant d’hospitalité que nous repartons déjà
pour l’est en début d’après midi, avec le traditionnel panier repas qui fait bien plaisir.
Certes nous avons eu bien du mal à trouver une station d’essence ouverte (et à un prix raisonnable) ce dimanche matin, certes cela nous a pas mal retardés, certes à l’arrivés à Paris nous avons
exploré méticuleusement les environs de la porte de Créteil, mais enfin, nous avons fini par retrouver Geoffroy Williamson.
Oui, lecteurs, car pour ce trajet retour qui s’amorce, le comité du love et du rail est réuni pour marquer l’histoire des périples ludoviciens à l’orient de l’Europe. En effet, Louis, fort serviable, me ramène à Cologne afin que je puisse assister à mes cours (CEMS, on le sait, est une majeure sérieuse et exigeante), tandis que Geff, entre une statue du Louvre et l’Orient véritable, celui du pays du soleil levant, se trouve disponible pour raccompagner Louis en master à Prague, faire ses adieux définitifs à la république Tchèque et repartir en avion en France.
Or quoi de plus fédérateur pour le comité du Love et du Rail que le seul, l’unique, l’idole des jeunes, celui dont la musique adoucit les mœurs, j’ai nommé Johnny Hallyday ? Il faut ici
faire un hommage à Ombeline (khâgne power) qui offrit à Louis le CD « Hamlet Hallyday », car le voyage retour est placé sous le signe de ce chef d’œuvre avant guardiste.
Vingt ans avant Notre Dame de Paris, avant les Dix Commandements, avant Roméo et Juliette, avant Aladdin, un homme avait compris le potentiel incroyable de la comédie musicale. Cet homme, ce
n’est pas Luc Plamondon, ce n’est pas Michel Berger, ce n’est pas Richard Cocciante, ce n’est pas Daniel Balavoine, cet homme, c’est Gilles Thibault. Un parolier comme on n’en fait plus. A ses
titres de gloire, il a, tout de même, « Comme d’habitude ». Mais ayant dû aller sur Amazon.com pour retrouver son nom, je vous livre ce commentaire tout en nuances d’un grand fan de l’album
Hamlet Hallyday, le commentaire s’intitulant (en guise de citation, en exergue, de la chanson « Je suis fou ») :
Je suis fou comme une tomate, je ne tiens plus sur mes pattes, 24 juillet 2007
Par Ouhman (Paris 18) - Voir tous mes commentaires
Un glas résonne dans le lointain, un choeur féminin s'élève plaintivement "Ahhh Ahhh" et la voix sépulcrale de Johnny retentit, grave et songeuse :
"J'ai beaucoup aimé l'histoire d'Hamlet." (pause) "Il y a certainement des raisons." (pause) "Des raisons profondes." (pause) "Mais c'est sans importance." (pause) "Je vais essayer de vous raconter cette histoire." (pause) "Comme je l'ai ressentie, moi." (pause) "Et vous la ressentirez." (pause) "Comme vous voudrez, vous."
Et hop, c'est parti pour plus d'une heure de musique et de chansons inspirées (très librement !!!) par l'oeuvre de Shakespeare ... Johnny est en pleine forme (il a 30 ans), les musiques sont excellentes (116 musiciens et choristes) et surtout les paroles sont d'un RIDICULE PARFAIT ! C'est un vrai trésor kitsch. Le plus fou est que le parolier, Gilles Thibault, est aussi celui qui a écrit les paroles de "Comme d'habitude" ... Mais il faut croire qu'il avait tout donné sur ce coup-là ... Morceaux choisis :
" Pour l'amour, vous n'avez plus l'âge, votre corps est un marécage"
" Encore choisir choisir encore entre bleu ciel et ver de terre."
" Je suis fou comme une ficelle, je me déroule je m'emmêle."
" Doute que le soleil nous tourne autour mais ne doute pas de mon amour."
[ndlr si je peux me permettre une ingérence dans ce commentaire que par ailleurs je trouve fort bon, la chanson « doute » est celle – la seule ? – qui reprend le plus le texte de Shakespeare – en même temps, le passage qui conduit au « never doubt I love » est tellement connu qu’il ne pouvait pas faire autrement. Mais c’est vrai que traduire « doubt that the sun does move » par « doute que le soleil nous tourne autour » est peut être un peu balourd. A vous de voir]
" J'ai mal et ça fait mal : quand un homme a trop mal, il n'en sort que du mal, du mal, du mal."
" Quand je m'ennuie seul dans mon lit, je lis."
" Ophélie oh folie Ophélie Ophélie oh folie." “
Lecteurs, nous fûmes transportés par ces 116 musiciens et choristes, nous donnâmes de la voix et chantâmes à gorge déployée « Un roi tombe en asticots / La cause n’est pas entendue / L’asticot redevient roi / et la danse continue », « crânes qui roulent et tourneboulent », et autres chansons phares de l’album.
Petite mention émouvante toute de même à la chanson « Un saule penché sur un ruisseau pleure dans le cristal des eaux ses feuilles blanches », sur la mort d’ophélie comme vous l’aurez
reconnue.
Auf jeden fall, comme on dit en Germanie, lecteurs, il faut aller sur le site deezer.com pour écouter cet album qui vaut absolument le détour. Vous n’écouterez plus jamais Johnny de la même
manière.
Que dire encore, sinon qu’entre les Charentes et Paris, les douanes volantes nous arrêtèrent Louis et moi pour un contrôle de routine (ils avaient repéré le master à l’immatriculation tchèque et
notre bon Louis à la barbe fleurie étant au volant, ils se disaient « chic chic chic, peut être de la marchandise de contrebande à bord ». Quelle ne fut pas leur déconfiture de voir Louis, riant
dans sa barbe, s’approcher d’eux et les aborder dans un français parfait et fort châtié « que puis-je pour vous monsieur l’agent ? » Ouverture du coffre, naturellement, déconfiture totale, le
master est quasiment vide, sauf un sac avec mes affaires (ils ont fait une drôle de tête devant mon pyjama et mes petites culottes – ils n’avaient qu’à ne pas fouiller, ces indiscrets), une boîte
à micro (Louis les ayant prévenus que c’était fragiles, ils furent fort délicats et n’y touchèrent pas trop), et le sac avec les affaires de Louis (déconfits qu’ils étaient, celui là), ils ne
l’ont pas défait – dommage, il restait peut être une perruque au fond ?),
que Louis et Geff furent mauvais esprit à Cologne et admirent du bout des lèvres que la cathédrale posait son steak sur la table, mais refusèrent catégoriquement de dire que la ville était cool,
mon amie Fanny Talagrand venue me voir en Janvier me rassura sur le fait que Cologne est way cool (il faut dire que nous fûmes au spa et au musée, alors que Louis et Geff se promenèrent « juste »
au marché de Noël et dans la vieille ville puis se posèrent pour boire des bières),
qu’ils rencontrèrent mes collocs (rencontre du troisième type entre nos deux zozos et un suédois blond qui va au club de gym tous les jours, fais des UV l’hiver parce qu’il manque de soleil,
s’habille en HM et Zara et utilise du fond de teint pour corriger ses imperfections dermatologiques, mais ce fut fort courtois, comme l’esprit très « smart » de la langue de communication
universelle qu’est l’anglais oblige),
et qu’enfin ils repartirent au matin du mercredi, vers de nouveaux horizons, mais cela, c’est une autre histoire, qu’il appartient à Geff de raconter…
Eh bien voilà, lecteur, insensé qui croit que je ne suis pas toi, nous voici parvenu au terme de ces nombreux périples européens… Cela m’a fait plaisir de te raconter toutes ces choses, qu’elles soient pour toi divertissement à tes heures perdues, joie à tes moments d’ennui, souvenirs heureux à tes moments de spleen. En guise de conclusion, à toi qui vient de me lire, je te partagerai cette citation – élue meilleure trouvaille de Gilles Thibault à l’unanimité par le comité du Love et du Rail sous mon humble et impartial contrôle – « Quand, je lis, je lis, je lis quoi ? des mots ».
Souvenir, souvenir, que me veux tu ?
Il est passé depuis deux mois, déjà, ce voyage dernier où nous accompagnâmes Louis loin de l’Europe de l’est, et voici que pourtant il me faut retrouver les mots pour raconter.
Par un soir de décembre, au pied d’un pont, au bord d’une autoroute, sur un parking lugubre, j’attendais. Il faisait nuit, bien sûr, il faisait froid, et j’attendais un bus qui ne venait pas. J’allais à Prague avec une mission de fossoyeur, il fallait enterrer les derniers jours de Louis en république tchèque. J’allais à Prague avec une mission herculéenne, il fallait nettoyer (et donc, auparavant, ranger et empaqueter) la chambre de Louis à Prague. J’allais à Prague tel Sancho Panza ou telle Rosinande, il fallait un copilote pour le dernier road trip sur les routes de Bohème et de Moravie.
Dans le bus, entre deux conversations avec un jeune camionneur tchèque rentrant au pays et deux retraitées allemandes parties à l’aventure, je me laissai gagner par le sommeil, Rome ne s’est pas faite en un jour, le monde lui-même fut créé en sept, et je savais qu’à l’arrivée nous n’aurions que vingt-quatre heures avant de – déjà – repartir.
Au petit matin, Louis vint me chercher, vaillant comme il l’est toujours, mais il y a des signes qui ne trompent pas : en rentrant à l’appartement, le programme consistait d’abord à dormir jusqu’à neuf heures. Marguerite, la vache du Poitou, avait le mufle humide dans le coin du couloir, l’agneau Jean-Pascal cachait sa tristesse sous un banc. Certes, les affaires de Louis jonchaient toujours pêle-mêle le sol de sa chambre, mais on les sentait écrasées par le triste destin qui les attendait : oui, elles allaient être triées, pour certaines – horreur – jetées, pour d’autres – malheur – pliées, rangées, et mises en valises. On sentait dans ces appartement silencieux qu’un vide allait bientôt se faire, on le sentait comme avant les adieux, un peu chose, un peu triste, et les deux petits nains tricotant sur leur banc se concentraient étrangement sur leur ouvrage.
Mais enfin, au deuxième réveil, voici qu’il nous restait vingt heures pour prendre les choses en main. Qui veut voyager loin ménage sa monture, Louis avait préparé un petit déjeuner copieux – ou bien était-ce en guise de pardon pour avoir à partir immédiatement chez son opticien faire refaire ses lunettes ? Je restai un instant perplexe, les bras ballants au milieu de la chambre de louis, tel le Prince André sur son champ de bataille, quand, trêve de considérations philosophiques, la ménagère dictatoriale qui sommeille en moi s’éveilla pour de bon.
Je me sentais comme au commencement du monde, où, dans le premier récit de la Genèse, Dieu crée en séparant (la lumière des ténèbres, la terre de la mer, les eaux qui sont au dessus du ciel des
eaux qui sont au dessous du ciel), aussi je m’appliquai à reproduire ce schéma fort cohérent et fort efficace.
Je séparai donc les vêtements des « choses », les « choses » qui vont à la poubelle des « choses » qui vont dans les cartons, les vêtements à désinfecter en arrivant des vêtements qui n’avaient
pas l’air d’abriter une colonie d’acariens.
La tâche n’est pas aisée.
Je tâcherai de parler en parabole pour vous faire saisir, chers lecteurs avec qui je clos ce chapitre émouvant de la vie de Louis, ce que c’est que de ranger la chambre de Louis.
C’est un peu comme quand on décide de trier le grenier des grands parents, plein de ces « choses qui peuvent toujours servir » (permettez moi ici un hommage particulier à ma grand-mère qui avait
conservé, en bonne économe, dans le fond d’une armoire, une boîte à chaussures sur le couvercle de laquelle elle avait tracé de son écriture appliquée – comme on n’en trouve plus – ce titre qui
laisse songeur « bouts de ficelles ne pouvant servir à rien » et de fait, la boîte contenait des bouts de ficelles de moins de 10 cm).
Louis n’est pas si organisé que ma grand mère. Oui, il y avait des bouts de ficelles de moins de 10 cm dans la chambre de Louis, mais ils étaient éparpillés de manière anarchique (artistique ?)
aux quatre coins de la chambre.
C’est un peu comme un archéologue qui ferait des fouilles pour tenter de reconstituer la vie des habitants de Pompéi avant l’éruption du Vésuve. On retrouve ça et là les différents billets de l’opéra où il a emmené ses visiteurs, la croix en carton et le papier agrafé « je t’attends tel le messie » (lecteurs assidus de ce blog, vous vous en souvenez, de cette facétie de Louis), une carte de visite d’un tchèque travaillant à la société générale, quelques vis et boulons échappés d’on ne sait où, des CDs vierges, des câbles à ne plus savoir qu’en faire, et bien sûr, moult cadavres de bouteilles, capsules, papiers semi-déchirés, chiffons (ou bien T-shirts, c’est selon, indécidable), lunettes clignotantes, perruques empoussiérées… Pour les amateurs de Flaubert, relire la description de la procession du Saint-Sacrement à la fin d’ « un cœur simple », dans Trois Contes. D’ailleurs l’une des figures de proue de l’incroyable bric-à-brac qu’il y décrit est un perroquet empaillé répondant au doux nom de… « Loulou ».
Et puis, au fur et à mesure que le travail avance, c’est peu comme en Bretagne, à marée basse, quand on voit les enfants patauger dans les mares, grimper sur un rocher, et crier, triomphant, « j’en ai un ! » Oui mais un quoi ? Une autre chaussure (je ne veux pas être injuste, je tiens à souligner ici que toutes les chaussures trouvées dans la chambre de Louis allaient par paires et qu’aucune ne manquait à l’appel à la fin de la journée – je serais complètement incapable de savoir si l’on peut en dire autant des chaussettes) ? Une autre chemise neuve (car, le croirez vous, lecteurs qui avez vu Louis et ses chemises à carreaux sans âge, Louis et ses chemises bleues intemporelles, Louis possédait dans sa chambre au moins trois chemises H&M, neuves, bien coupées, jolies, presque à la mode… qui avaient encore chacune leur étiquette accrochée au col, et paraissaient tout étonnées de se trouver là, abandonnées sur un portant, considérant avec stupeur leurs consœurs épandues au sol, et se demandant avec un vague effroi si c’était là ce qui les attendait) ? Un autre sac (on ne pourra pas dire que Louis ne rangeait pas faute de contenants, avec les stylos et les pièces de monnaie de tous les pays du monde – république tchèque bien sûr, qui NON n’est toujours pas dans la zone Euro – pièces anglaises, euro, et d’autres inconnues de moi, les sacs constitue la population de « choses » la plus représentées dans la chambre de Louis. Il fallut même en jeter).
Enfin, quand le travail s’achève, on se retrouve dans une pièce un peu vide, quelques cartons empilés dans un coin, trois valises dans un autre, et on se dit, mi-étonné mi-déçu : « mais c’est
tout ce qu’il y avait dans cette chambre » ? et là on se croit devant le sac merveilleux de Mary Poppins d’où elle sort toutes sortes de choses improbables sans qu’on comprennent comment diable
pouvaient elles bien tenir auparavant dans un si petit sac. Et bien chez Louis, c’est le processus inverse. On range, on range, et après on se demande comment trois malheureux sacs et leurs deux
cartons pouvaient donner une telle impression de volume.
On comprend un peu mieux en sortant de la chambre et en voyant l’armée de sacs poubelles ventrus et débordants qui sont dans le couloir.
Enfin, avant le retour de Louis, il est de bon ton de repeupler la chambre afin qu’il n’ait pas une trop forte commotion. On part donc, tel le bon pasteur, à la recherche des nains de jardins perdus dans la maison, sous l’œil attristé des colocataires de Louis. Et l’on rassemble ce petit troupeau avec amour dans la petite chambre, avant de les emballer bien précautionneusement de papier bulle. C’était la chose à faire. Quand Louis revient triomphant de son expédition chez l’opticien, on sent passer beaucoup de choses dans ses yeux (le choc de voir sa chambre vide, l’étonnement devant la petitesse des bagages, enfin, l’attendrissement rassuré devant la petite famille des nains : au fond, tout est bien.)
Lecteurs, je passerai sur la journée qui s’écoula vite, un déjeuner solide pour récompenser ces beaux efforts, une douche nécessaire où l’absence de la pin-up et du crocodile rendent la salle de
bains presque banale, fit-on une sieste ? ma mémoire me fait défaut…
En tout cas, l’événement de la soirée était « les chants de Noël sur la place de l’hôtel de ville ». Car avant de partir (certes il fallait bien se couvrir, parce que dehors il faisait si froid),
mais surtout, Louis voulait une dernière fois chanter pour Prague. Accompagnés de Cécile et Mickaël, nous nous retrouvons donc, émus et heureux, au pied de la scène tout éclairée, au milieu des
touristes, à côté d’un immense sapin illuminé (signe des temps, aux ampoules développement durable). Et là, la magie de Noël opère. Une troupe de charmants bambins entrent en scène, suivis du
chœur des adultes où Louis et Cécile chantent à qui mieux mieux des chants qui parlent de joie, de paix d’amour. Je ne résiste pas à vous en citer un passage « Merry Christmas, Happy Hanoukha,
Blessed Ramadan, Peace and Harmony with you ». On se sent tout ragaillardi par cette bouillie de culture de tous les peuples à la sauce guimauve chantée par ces célestes voix angéliques.
Gonflés de ces nourritures hautement spirituelles, nous rentrons, heureuse troupe qui s’est grossie de quelques amis venus en admirateurs et qui n’ont compris que trop tard leur erreur, en
direction de la maison où il faut charger le contenu de la chambre de Louis dans le Renault master dit « la bête » en raison de son volume, lui, impressionnant.
Mais enfin, comme le chantait Henri Dès, « quand chacun y met du sien, tout va bien, tout va bien, quand chacun y met du sien », et petit à petit, voici que la chambre se vide, se vide, se vide….
Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le lit, la table, les armoires, une chaise, mon petit sac avec mes affaires et un petit sac avec les affaires de Louis.
Lecteur, ce moment était émouvant. Lorsque nous nous sommes tous retrouvés, presque désemparés devant cette chambre désespérément vide, devant ce parquet certes poussiéreux mais luisant, enfin
mis au jour, le mot de la fin appartient à un ami de Louis – dont, je lui en demande bien pardon, j’ai oublié le nom – : « C’est curieux, j’avais toujours cru que dans la chambre de Louis,
c’était de la moquette, par terre ».
Cependant, c’est bien connu, le rangement et les émotions creusent, et pour récompenser tous ces bons efforts, nous voici en route pour un fameux dîner à base de fromages marinés ou panés et de pommes de terre sautées, le tout arrosé de bière…. Là encore, il y a des signes qui ne trompent pas. Louis est rentré le premier (lecteurs, il est rentré avant moi), pour aller dormir, afin d’affronter d’un bon pied la journée de conduite qui l’attendait le lendemain.
Car le lendemain, nous partîmes avant l’aube, le Master imposant levait son noble front vers le vent, avide de kilomètres et chargé telles les caravelles de Christophe Colomb. C’est à vive allure que nous quittons la ville endormie et traversons les campagnes de l’ouest de la République Tchèque, ça et là recouvertes de neige, entre une averse et un rayon de soleil. Nous sauvons au passage des eaux du dessus du ciel un jeune ambulancier ou interne tchèque qui, sa nuit finie, faisait du stop sur le bord de la route, nous passons la frontière sans que malheureusement les douaniers ne veuillent nous contrôler – c’est bien dommage car comme le disait Georges, « ça nous aurait fait rire un peu » de les voir nez à nez avec le dragon kimberley. Mais las, nous poursuivons notre route sans embûches, nous mangeâmes même – oserai-je le dire ? – au Burger King, avec chacun une couronne de carton (bien en avance tout de même sur l’épiphanie mais tout se perd, pauvres lecteurs, tout se perd), parce que comme l’avait décrété Louis, « c’est la fête », et voici que nous arrivons en France, et voici que déjà nous arrivons aux alentours de Jouy-en-Josas.
Oui, lecteur, Louis ne voulant pas présumer de ses forces et risquer l’accident pour avoir conduit trop longtemps avait demandé à ses parents, les généreux M. et Mme Geoffroy que vous connaissez bien, lecteurs, pour leur hospitalité légendaire dont beaucoup d’entre nous ont bénéficié, et pour les attentions délicates des paniers-repas concoctées par la maman de Louis à chaque halte par les Charentes, Louis avait donc, disais-je, demandé à ses parents qui passaient par Paris de nous retrouver sur le campus (« where else » comme dirait George Clooney) pour prendre le relais de la conduite du camion (Lecteurs, vous comprendrez que je ne veuille pas m’étendre sur le sujet, mais la réponse est non, je n’ai toujours pas mon permis de conduire).
(à suivre)
dernier voyage à Prague, derniere reprise, non sans émotion...
en décembre 2007 alors que Louis avait déjà fait son déménagement, la chambre, que j'avais découverte sous des tonnes de papier journal de mauvaise qualité quelques mois auparavant, était d'un lustre éclatant.
L'essentiel substistait cependant, un ordinateur, un micro, quelques peaux de saucissons à même le sol, vite rejoints par des os de poulet KFC...
au milieu de ce capharnaum maîtrisé, pensé, avec l'exigence qui sied à Louis, il nous fallait créer, pour mieux se réinventer.
Il était convenu depuis longtemps qu'il nous fallait rendre hommage au plus grand groupe australo-écossais de tous les temps, à savoir AC/DC...car ils allient la complexité harmonique, à laquelle en tant que disciple de Boulez et Stockhausen, Louis et moi souhaitions rendre hommage, et une poétique libérée de tout classicisme, renvoyant ainsi aux plus libres des pages de Mallarmé..."cette grosse paire de couilles je la veux perpétuer"...ainsi commencait l'après-midi d'un faune, rappelez-vous.
Ensuite le talent d'arrangeur de Louis a fait le reste, il a mis au monde un écrin soyeux, et utérin, au sein duquel il fait bon être et se penser, et poser sa voix devient une promesse en devenir.
Un hymne à la virilité, au mythe éternel d'Heracles et de sa douzaine de grosses tâches, un appel à la légende arthurienne et à sa grosse épée turgescente, j'ai nommé Excaliburne, un "revival" de la grosse Durandal de l'ami Roland, une sanctification de la couronne de pines du Rédempteur...
Flots d'allusion, délires d'illusions, cafouillages de rimes, bégaiements de poésie et fouillis d'arc en ciel vont s'enchevetrer, se corrompre, se délier, et se vivre...
c'est une invitation au voyage que nous vous proposons, non pas celui suffocant qui nous emmenerait au bout de la nuit, mais celui confiant et apaisant qui nous fait entrevoir, paraphrasant Messiaen, des éclairs sur l'au-delà.
...de l'eau de la haut...
"et dans une clameur sans fin, il se leva, dirigea sa grosse crosse en direction de la foule et l'aspergea d'eau bénite..."
L'original :
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